100_2178

      

Quand nous étions petites filles, mon père nous emmenait volontiers au bord de la Mer Rouge, dans une station balnéaire qui s’appelle Eilat et qui est aussi un port (le seul port israélien sur la Mer Rouge).

Il règne là-bas une chaleur incroyable en été – seule saison pendant laquelle nous y séjournions, bien sûr. Pour limiter les frais et nous emmener autant de fois que nous le voulions – et nous étions capables de réclamer d’y aller trois jours de suite, Poor Daddy – à l’aquarium tropical (celui avec un escalier vitré qui descend DANS la mer), nous logions chez un couple âgé qui louait la chambre de ses fils, qui avaient quitté la maison.

Ils se prénommaient Suzanne et Jakob et occupaient un minuscule trois pièces, dans l’un des immeubles un peu décatis des hauteurs d’Eilat. Elle, avait beaucoup sympathisé avec ce si gentil monsieur français et ses deux petites filles, d’autant plus qu’elle était d’origine juive algérienne et ne perdait pas une occasion de parler français avec un charmant accent à la Marthe Villalonga.

Lui était un personnage encore plus étonnant. Je me souviens d’un immense vieux monsieur, tout sec (on aurait dit que le vent brûlant du Sinaï  l’avait desséché sur place, et ce ne devait pas être très loin de la vérité), qui s’adressait à nous, les deux gamines, avec une voix toute douce et un autre accent, un peu bizarre. Il nous raconta un soir qu’il était né près d’Utrecht dans une famille de paysans néerlandais et qu’il était arrivé un jour dans les années cinquante à Eilat pour y construire le port, avec d’autres ouvriers hollandais recrutés par le gouvernement israélien. Il y avait rencontré sa future femme, qui, fraîchement débarquée de Constantine, avait certainement été séduite par ce grand type si exotique avec ses cheveux blonds et ses yeux bleus. Jakob avait épousé Suzanne et était resté sur les bords de la Mer Rouge. Il y avait dans leur appartement des photos de leurs deux fils – deux grands gaillards très bruns – et des souvenirs du pays natal de Jakob : des petits sabots en porcelaine et des moulins avec le drapeau hollandais.

Pour Suzanne et Jakob, j’ai imaginé une taart aan de appels un peu orientalisée, grâce à la pâte de dattes dont Suzanne aimait faire des gâteaux que nous mangions tous les six entassés dans le petit salon, le soir, en regardant la télé égyptienne:

   

      

La tartelette de Suzanne et Jakob

   

- 200g de farine semi-complète

- 50g de flocons d'avoine mixés

- 60g de beurre froid coupé en morceaux

- 60g de yaourt ou de fromage blanc

- 50g de sucre de canne complet

- 1 cc de cannelle

- une pincée de sel

- deux pommes épluchées et coupées en lamelles

- de la pâte de dattes (Grand Chef m'a très gentiment donné la recette de sa mère un jour mais je parviens plus à la retrouver sur son blog...)

- de la crème liquide

    

    

Mettre tous les ingrédients dans le bol d'un robot équipé de la lame en métal et actionner jusqu'à l'obtention d'une semoule bien mélangée.

Continuer à actionner le robot tout en ajoutant lentement un filet d'eau très froide, jusqu'à ce que la pâte forme une boule.

En garnir des moules à tartelettes (huit).

Etaler un peu de pâte de dattes sur le fond des tartelettes après en avoir piqué le fond à la fourchette.

Garnir de lamelles de pommes.

Verser un peu de crème liquide sur les pommes.

Mettre à four moyen (180°) pendant une demi-heure.