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Je retrouve tous mes souvenirs d’enfance dans une botte de romarin.
Mon père me demandait de descendre au bas de l’immeuble pour aller en cueillir quelques brins. Il faisait simplement rôtir des cuisses de poulet à l’huile d’olive et au romarin, en recouvrant le poulet de brins de romarin fraîchement cueillis. Je descendais l’escalier et il me suffisait de traverser la rue et d’aller arracher quelques brins de romarin frais sur les vigoureux buissons plantés là par un jardinier municipal bien inspiré. Mon père et moi nous nous faisions rituellement cette remarque, quand je remontais et que je lui donnais ma petite récolte, mais comment cela se faisait-il que nous étions les seuls de l’impasse à profiter de cette manne aromatique ? Je ne sais pas d’où lui était venu cette inspiration. Mais le petit appartement embaumait pendant la cuisson du poulet rôti, et je grattais consciencieusement ma cuisse de poulet pour enlever de la peau (le meilleur, bien sûr) les brins coriaces (n’essayez pas de les manger).
Aujourd’hui je rajoute des gousses d’ail (peut-être mon père en mettait-il dans le plat, mais, attentif, il devait alors les enlever avant de nous servir, car il pelait aussi les tomates qu’il nous donnait à manger en accompagnement, après les avoir rapidement ébouillantées ; il avait décidé que nos délicats estomacs d’enfants ne supportaient pas les peaux des tomates).