HEBRON

Toute petite je vivais en Israël. C’était bien avant 1986 et la première Intifada… Mes parents n’avaient pas de voiture – Israël à cette époque vivait ses dernières heures pionnières et frugales, les voitures étaient chères et le bain moussant n’existait pas, je me souviens que ma grand-mère de France nous rapportait des bouteilles d’O.Bao bleues – mais ils avaient des amis suisses qui possédaient une GS break rouge et qui nous emmenaient à la plage avec d’autres amis, les voitures formaient un convoi et on entassait les gosses dans le coffre de la GS (pas de siège auto à cette époque !), je me souviens même que les places du coffre étaient les plus convoitées… La plage la plus proche était à Gaza. J’ai des souvenirs de barbecues, de petits enfants courant avec nous sur la plage, de jeunes bédouines à qui l’un de nos copains suisses avait tenu absolument à rapporter du chocolat, persuadé de montrer de la glace à des papous… Nous allions aussi à Hébron, au cœur de la Cisjordanie, regarder les souffleurs de verres. Je me souviens aussi d’un Noël à Bethléem et d’avoir dormi avec mon père dans un hôtel de la vieille ville arabe à Jérusalem. Peut-être que la douceur tranquille de ces moments était due à l’enfance et non à l’absence de tensions et de violences mais je garde un souvenir intact de ces moments où la coexistence semblait parfaite. Je dis bien semblait car la réalité était loin de cette image enfantine, mais j’aime penser qu’un jour viendra où retourner à Hébron et Gaza sera parfaitement anodin.

ci-dessus: vue de Hebron au milieu du XIXe siècle